samedi 22 mars 2014

M comme métier ou plutôt P comme Papetier


Pour une fois, le choix du sujet de cet article pour le Généathème de Mars n'a pas fait l'objet d'une longue recherche intellectuelle.

J'ai eu l'occasion de l'écrire à de nombreuses reprises, les ancêtres de mes deux garçons sont à 99% gens de terre, que ce soit en Auvergne comme en Bretagne. Agriculteurs, laboureurs, journaliers etc...

Cela me garantit une certaine sédentarité de mes ancêtres, et me facilite bien les recherches. Mais il faut le reconnaitre, cela se révélait parfois ennuyeux.
Et ce, jusqu'à ce que je tombe sur une profession un peu particulière dans la branche paternelle de mon épouse : des maitres-papetiers.


La route du papier - Atelier et Mémoire du papier

Des moulins à papier, ce n'est pas forcément la première image que l'on a de la Bretagne. C'est pourtant une tradition séculaire, puisque après les premiers moulins établis dans le Sud-Ouest de la France, ceux-ci vont fleurir un peu partout en France. A partir du milieu du XVème siècle pour la région qui nous préoccupe.
Inventée en Chine vers 220 avant JC, la fabrication du papier restera dans ce pays et au Japon (via la Corée) jusqu'au 8ème siècle. C'est la guerre entre chinois et arabes qui permettra à ces derniers d'accéder aux secrets de fabrication. Qui suivra ensuite l'expansion de l'Islam jusqu'en Espagne. C'est ainsi du sud de l'Europe que la fabrication arrivera en France puis en Allemagne, comme l'explique la carte ci-dessus.

Je ne vais pas vous abreuver d'informations (que peu liront) sur le fonctionnement des moulins à papier, je n'en suis pas devenu spécialiste.
Je vais plutôt aborder l'intérêt que cela apporte sur le plan généalogique. En tout cas pour moi.

1- Des ancêtres enfin mobiles (enfin, un peu)

Je l'ai écrit plus haut, mes ancêtres gens de terre ne se déplaçaient pas ou très peu. Mes bretons sont localisés à 99% dans les Côtes d'Armor.
Mais qui dit moulin à papier dit forcément rivières. Je retrouve donc cette branche éparpillée dans le temps entre le Finistère, le Morbihan et les Côtes d'Armor, en suivant les cours d'eau du centre breton.
C'est d'ailleurs pour cela que j'attends avec impatience la "vraie" mise en ligne de TOUTES les communes du Finistère, car autant j'ai pu trouver les actes BMS sur le 22 et le 56, mais pas sur le 29, les 4 communes m'intéressant n'étant pas encore en ligne (même si j'ai déjà pu avoir des informations, j'en parle un peu plus bas)
Ce n'est pourtant pas le point le plus pertinent sur le plan généalogique.

2- L'endogamie

Comme un certain nombre de métiers, très fermés, une forte endogamie régissait les unions dans les familles de papetiers. Entrainant ainsi la nécessité d'obtenir des dispenses de consanguinité, documents très riche pour le généalogiste puisqu'il présente une partie de l'ascendance de chacun des époux sur 3 voir 4 générations.

Je reprends ainsi l'extrait d'une enquête pour dispense de consanguinité pour le mariage de François HUET et Hélène GILLES:

"Ils ont recours à votre Grandeur sur ce dispensés ne pouvants se désister de la promesse faitte entre eux sans un grand préjudice, notamment pour la suppliante égard que pour l'état de papetier, il n'est propre pour gouverner son état de papetière qu'un homme de la même profession et non pas d'autres et qu'ils sont tous deux papetiers d'origine et qu'il ny a que eux qui puissent gouverner leur métier.

On dit de plus que le père du suppliant et la sœur de la suppliante occupent des Moulins à papier voisins et les terres si mêlées qu'ils sont tous les jours dans l'occasion d'avoir dispute ensemble tant au sujet du courant d'eau que des terres et ce mariage pourrait mettre fin à toute discussion"

Source : Le Lien n°13 - Revue du CGF - Jean-François PELLAN


Cerise sur le gâteau, comme on peut le voir sur l'extrait ci-dessus, ces recherches m'ont amené dans le département du Finistère où le CG29 a mis en ligne (pour ses adhérents) une base des papetiers. C'est à cette occasion que j'ai pu échanger avec Jean-François PELLAN, l'auteur de cette base, et accessoirement actuel Président de la FFG (ça, c'est pour le clin d'œil) !

Pour ceux qui comme moi ont des ancêtres papetiers en Bretagne, je ne peux que vous conseiller l'achat de l'ouvrage suivant:
Les moulins à papier de Bretagne aux Editions Skol Vreizh (que j'ai eu un peu de mal à me procurer)


En complément du numéro 13 du Lien, les numéros 86 et 95 ont également des articles sur cette profession à part dans ma généalogie. Je les recommande vivement puisqu'ils offrent de nombreux tableaux généalogiques sur les différentes familles de papetiers en Bretagne.


4 commentaires:

  1. Excellent article. Le contenu de la demande de dispense est très curieux. Il faut aussi rappeler que sans le papier et ceux qui le fabriquaient l'imprimerie n'aurait pas servi à grand-chose.

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    1. Merci pour ce retour.

      Il cherchait surtout à "légitimer" la dispense. Expliquant ainsi que ce métier est si particulier que seule une personne du même "corps de métier" pouvait le comprendre. Les numéros du Lien donnent d'autres exemples du même type.

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  2. Je ne suis pas la seule à trouver parfois mes ancêtres ennuyeux, ouf ! Encore un métier découvert, merci.

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    1. Si l'on reste sur les classiques BMS et EC, on s'ennuie parfois assez vite. Mais dès que l'on creuse d'autres sources, on trouve souvent des perles !

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